SELON UN ARTICLE Extrait de : La Voix du Nord du Jeudi 18/09/2008 --
BRUNO MATTÉI, professeur de philosophie honoraire à l'IUFM de Lille

POURQUOI y a-t-il quelque chose plutôt que Rien ?


Nos lointaines origines


Voilà bien de quoi faire gamberger notre imagination.

« La plus grande expérience scientifique » jamais entreprise selon un hebdomadaire américain a pris son essor le 10 septembre dernier avec la mise en service, à Grenoble, d'une machine hors du commun : l'accélérateur géant de l'organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN). Son objectif est de reproduire en entre-choquant des particules, les tout premiers instants de l'univers, au moment du Big Bang pour en comprendre la trame et la texture.

En s'ébranlant dans ce seigneur des anneaux de 27 km de circonférence des particules subatomiques (protons) lancées en sens contraire vont se fracasser à une vitesse quasiment identique à celle de la lumière. Ce pari grandiose entend faire apparaître des particules et des états de matière encore inconnus.

Il s'agira pour les scientifiques de 20 états européens, de répondre à des questions qui donnent le vertige. : :

1)- Pourquoi les choses ont-elles une masse qui les fixe dans l'espace ?
2)- Où est passée la « matière noire » (et l'énergie sombre) qui constituent 96 % de l'univers et qui restent à ce jour quasi complètement inconnus ?

Eh oui, seule 4 % de la matière est visible. Et de quoi sont faits les 96 % qui nous échappent ?

À rebrousse-temps

Nous voilà partis pour une formidable odyssée à rebrousse-temps ! Saurons-nous un jour ce qui s'est passé au juste il y a 13 milliards 700 millions d'années quand une infime particule a explosé (selon l'hypothèse du Big Bang) à des températures inimaginables ?
Figurez-vous qu'à 10-1' seconde l'univers avait la taille d'un grain de raisin et qu'à 0,01 milliardième de seconde, il avait la taille d'un système solaire ! Voilà qui dépasse infiniment notre faible entendement comme nos imaginations les plus débridées.
Mais, dans l'état d'optimisme qui préside à cette aventure scientifique sans pareil dans ses intentions, il faudra raison garder. Car si l'accélérateur CERN nous révèle comment est né l'univers et en quoi il consiste, il y a une autre question, philo-métaphysique celle-là, à laquelle il ne pourra pas répondre c'est :

pour-quoi l'univers est-il né ?
Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

Si certains pensaient s'en sortir en invoquant une transcendance, un Dieu par exemple, ils ne font jamais que déplacer le problème. Car

pourquoi un Dieu plu-tôt que rien ?
Et quel sens a cette aventure cosmique dont nous ne sommes qu'un produit éphémère ?

Il faudra bien consentir à mourir et notre minuscule planète avec nous sans réponse à ces poétiques autant qu'angoissantes questions.
Oui, comme le disait Nietzsche il y a 150 ans :

« La vie est dure à porter, mais ne prenez pas des airs si tendres, nous sommes tous de braves ânes et de braves ânesses chargés de fardeaux «...

 

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